Les jours passent dans le Charolais.

"Ce samedi  matin de mi-octobre, le hameau des THEURIAUDS se réveilla dans une effervescence inhabituelle, occasionnée par l'arrivée d'un flot de voitures : au domaine d'Antoine Fourtier, on mariait Karine, sa fille cadette. Déjà, le personnel de service, de la meilleure cuisinière du canton aux serveuses occasionnelles choisies parmi les familiers se démenait des fourneaux à la salle à manger : une vaste pièce à l'odeur d'encaustique où les grandes tables de buvette recouvertes de nappes blanches formaient un U au sommet duquel jeunes mariés, demoiselle d'honneur et son cavalier, parrain et marraine présideraient................ Si le repas du lendemain allait accueillir les quelques dizaines de noceurs encore vaillants après une nuit blanche auxquels s'ajouteraient les familiers des Fourtier, le dîner du samedi soir préludait à une longue soirée de réjouissances où, après un repas pantagruélique, on poussait les tables, on élargissait le U pour permettre aux danseurs de prendre position sur une piste improvisée et paraffinée, au son du piano à bretelles de l'accordéoniste de service. Et, en ce soir de gala, l'accordéoniste de service, c'était Louis Tellier........."

   Fin du repas. Louis Tellier commence son récital.

   "Une première marche interprêtée avec conviction fit lever spontanément les jeunes mariés qui rejoignirent le centre de la pièce et ouvrirent le bal sous les applaudissements des invités. Ceux-ci ne tardèrent pas à les suivre et les couples se formèrent rapidement............"

   Tard dans la soirée, Louis s'accorde une pause. Une serveuse - c'est Suzanne - propose une coupe de champagne qu'il accepte.

  "La dame s'absenta, le temps de chercher deux verres, une bouteille entamée et un soda pour elle. Elle remplit les gobelets et s'assit à côté du Louis.

   Voulait-elle, elle aussi, souffler un peu ? Eprouvait-elle le besoin d'engager un brin de causette ?

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    - Dites-moi, vous êtes bien de l'Hôpital ?

    - Tout à fait.

    - Et vous connaissez quelqu'un qu'on surnomme Yopla ?

    - Yopla Boum ? Prosper Tailladet ? Pardi ! C'est mon voisin !

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   Il n'était pas dupe et l'intérêt de Suzanne le fit sourire. Ses yeux brillèrent de malice et il demanda avec une fausse innocence :

   - Vous le connaissez donc ?................"