Les vendanges sont finies : c'est l'occasion de faire la fête.

   " Comme les années précédentes, tradition vigneronne oblige, la fin des vendanges était marquée par une fête qui se nommait Paulée dans le nord de la Bourgogne, et Revoulte ou Revolte dans le sud, voire dans le Beaujolais.................... Yopla avait naturellement été invité et il se faisait un plaisir d'y participer dans la perspective de bien manger, de boire abondamment - et du bon - et de rigoler entre copains."

   Et voilà que Suzanne apparaît.

   " Il avait fini par l'oublier ! Cette femme qui semblait porter le poids d'un douloureux mystère l'avait apitoyé le jour où ils s'étaient rencontrés dans les vignes, mais assez rapidement, son image s'était effacée de son esprit et la vie laborieuse avait repris le dessus................ Ce fut elle qui s'avança vers lui :

   - Bonjour, monsieur Yopla ! Vous allez bien ?

   Le vieux garçon en bégaya :

   - Vous... vous souvenez de mon surnom ?

   - Bien sûr ! répondit-elle en riant. Je n'ai pas oublié la chanson : Prosper Yopla Boum."

   Attablés côte à côte, ils apprécièrent la soirée jusqu'à ce que l'accordéoniste de service entame un rengaîne à la fin du repas.

  Sortant de sa léthargie, le vieux garçon se tourna vers sa voisine et comme pour justifier son inertie, s'excusa :

   - Je vous aurais bien invitée mais je ne sais pas danser. Le coeur y est, mais les jambes ne veulent pas suivre.

   L'aveu la fit franchement rire :

   - C'est pourtant pas compliqué, le slow... Est-ce que ça vous arrive de piétiner dans une file d'attente, à attendre votre tour ?

   - Ah, ça oui ! Surtout quand je vais à la Poste !

   - Et bien, le slow, c'est la même chose !............... Vous voulez qu'on essaye ?

   - De... de danser ?

   - Pourquoi pas ? Venez !

   Et avant qu'il n'ait le temps de reprendre ses esprits, Yopla se retrouva au milieu des danseurs, rouge comme un coquelicot au plus fort d'un mois d'été. A tenir dans la sienne la main douce de Suzanne. A sentir sur son épaule l'autre main de la brunette. A effleurer plus qu'à saisir la taille de sa partenaire. A sentir les ondulations de son corps. "Et ben, vieux chien malade ! pensa-t-il, si je m'attendais à celle-là !"...........