Dans la forêt, Eugène Trignon coupe du bois. Il nettoie, entasse des résidus auxquels il met le feu. Occupé à sa tâche, à peine se rend-il compte qu'un individu se dirige vers lui, excité.

   " - Qu'est-ce que c'est encore que cet arcandier ? pensa Eugène en voyant cet homme qui s'exclamait bruyamment :

   - Ah, quel feu ! Quel bon feu !

  Il le dévisagea attentivement, sourcils froncés, et se détendit :

   - Oh, mais je vous reconnais, vous. On s'est vu l'autre soir : je fais partie du Conseil.

   - Bien sûr, bien sûr ! réponsit Xavier - car c'était lui. Vous voulez que je vous dise ? Je trouve votre brasier magnifique !

   Le secrétaire n'affichait plus la même sérénité, le même calme que lors de sa présentation aux conseillers. Surexcité, les yeux brillants, il ne cessait de trépigner comme s'il était mû par des ressorts. Comme si la vue du feu le perturbait.

   - Vous pouvez le dire, approuva l'agriculteur, quoique surpris par l'enthousiasme du visiteur. Faut qu'ça se fasse... Mais faites gaffe, vous allez vous brûler !

   - Ne vous inquiétez pas, rassura Xavier qui tourna la tête vers le bosquet et demanda :

   - Il est à vous le bois coupé ?

   - Pardi ! Et empilé pas plus tard que cet après-midi.

   - Vous en vendez ?

   Proposition intéressante poour un forestier ! Il hésita un peu, juste ce qu'il fallait pour ménager un semblant de suspens  :

   - Ca dépend... Y vous en faut beaucoup ?

   - Je pense que quatre stères... J'ai une cheminée dans mon logement au-dessus de la mairie.

   - Va pour quatre stères. J'en ai du sec, de l'autre côté. Trois ans d'âge... Deux cent cinquante francs le stère. Ca vous va ?   

   - Tout à fait, approuva Xavier, véritablement fasciné par les flammes et les braises incandescentes........"