Louis emmène son petit-fils au bord de la Loire.

" - Allons nous asseoir sur cette butte, à l'ombre, dit-il. nous y serons très bien.

   Côte à côte, les deux Tellier restèrent un instant en silence sous un arbre. Un soupçon d'air tiède donnait l'illusion de rafraîchir les visages. Impassible, l'esprit dans un autre monde, Louis fixait les rives bourbonnaises, en face de lui, le visage détendu. Bruno l'observa discrètement. Il étouffa vite quelques baillements pour ne pas troubler ces instants de quiétude et de sérénité.

   L'aïeul sortit peu à peu de sa méditation. Sans bouger la tête, il affirma :

   - Regarde la Loire ! On dirait pas un être vivant ? Elle passe là, tranquille, nonchalante. Je la croirais même paresseuse, pas pressée d'ateindre l'Atlantique... Ecoute-là !

   L'adolescent s'attendrit :

   - Tu l'aimes, ta Loire, Louis ?

   - Oui, mon p'tit ! Mais... tu viens de m'appeler Louis ? C'est bien, ça. T'as mis le temps, dis donc !

   Bruno se retourna vers son grand-père en souriant, silencieux. Une complicité naissait au bord du fleuve.......... "

   Au retour, par un autre chemin, ils aperçoivent une tente : celle d'Henri Gardinet, le copain de Louis.

" - Et ben, vieux camarade ! s'étonna le grand-père, t'as changé de terrain ? T'as émigré à la Mouille aux Plumes ?

   En serrant la main des deux arrivants, il grommela :

   - M'en parle pas ! J'en suis pas encore remis ! On m'a foutu dehors !

   - Pas possible ! Qui ?

   - Ton escogriffe de Joseph Mochat, le propriétaire.

   - Joseph Mochat ? T'en es sûr ?

   - Puisque je te le dis !

   La voix d'Henri Gardinet tremblait toujours.

   - Je venais juste d'installer ma tente au Pré Rongé. Tout était en ordre... Le voilà qui s'amène. Moi, la gueule enfarinée, je l'invite à l'apéro. La réponse a été nette et précise :"Vous ne pouvez pas rester plus longtemps, j'ai besoin de mon pré........"